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800 m

Lavande, miel, agneau et foire bio : le terroir de Montfroc et de la vallée du Jabron

Lavande fine ou lavandin, appellation de Haute-Provence, miel de lavande, agneau de Sisteron, marchés voisins et foire bio de Montfroc : les repères du terroir entre Lure et Baronnies, sans publicité pour aucun producteur.

Une cueilleuse de lavande au chapeau de paille, un panier en osier à la main, dans un champ en fleurs

Lavande fine, lavandin, aspic : savoir de quoi l’on parle

Le mot lavande recouvre trois plantes que l’on confond volontiers. La lavande fine, ou lavande vraie, de nom savant Lavandula angustifolia, est l’espèce d’altitude : c’est elle qui donne son nom à l’appellation d’origine protégée de Haute-Provence. Le cahier des charges de l’appellation la décrit comme une « lavande de variété Lavandula angustifolia dite lavande vraie ou fine, provenant de plants d’origine locale reproduits par semis exclusivement » : les clones y sont exclus.

Le lavandin est un hybride entre la lavande fine et la lavande aspic. L’office de tourisme Ventoux-Provence explique qu’il est stérile, qu’il se multiplie par boutures, donc par clones, et qu’il pousse de 0 à 800 mètres d’altitude. Il sert surtout à l’industrie : produits d’entretien, détergents. La lavande aspic, elle, pousse de 0 à 600 mètres dans la garrigue. La lavande fine, toujours selon la même source, « pousse au-dessus de 800 mètres ».

Cette différence explique la géographie de la lavande. Le plateau de Sault et le plateau d’Albion, plus à l’ouest, représentent à eux deux 70 % de la culture de lavande fine, selon l’office de tourisme Ventoux-Provence. La fine et le lavandin ne se cultivent donc pas aux mêmes altitudes, ce qui explique que l’on ne voie pas la même lavande dans les plaines et sur les plateaux d’altitude. Les villages producteurs proches de Montfroc sont présentés sur la page de la vallée du Jabron.

Ce magazine, dont la méthode est exposée sur une page dédiée, ne recommande aucun producteur, aucune distillerie ni aucun magasin : les structures citées sont collectives, comme l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO), les offices de tourisme et les associations. Le but est de donner au lecteur les moyens de vérifier ce qu’on lui vend, non de lui désigner des adresses.

Champ de lavande violet entouré d'arbres, avec des montagnes boisées à l'horizon, près d'Arpavon
Un champ de lavande et d'abricotiers à Arpavon (Drôme), commune du parc des Baronnies provençales. Photo : Marianne Casamance, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

L’AOP « Huile essentielle de lavande de Haute-Provence »

L’appellation est ancienne. L’INAO rappelle que c’est en 1981 que l’huile essentielle de lavande a été reconnue en AOP, et le cahier des charges précise qu’il s’agit d’un décret du 14 décembre 1981. L’aire géographique concerne « 284 communes sur 4 départements » : les Alpes-de-Haute-Provence, les Hautes-Alpes, la Drôme et le Vaucluse. Les zones actives citées par l’INAO comprennent le plateau d’Albion, les Baronnies et le Diois dans la Drôme, et le Rosannais dans les Hautes-Alpes. L’organisme chargé de défendre et de gérer l’appellation est l’Association des producteurs d’appellation d’origine Huile essentielle de lavande de Haute-Provence, dont le siège est à Saint-Trinit, dans le Vaucluse.

Le cahier des charges impose une altitude : à l’intérieur des communes de l’aire, « seules les plantations situées à une altitude minimale de 800 mètres peuvent bénéficier de l’appellation », des dérogations étant possibles mais jamais accordées pour des parcelles situées sous 600 mètres. Plusieurs pages officielles donnent des chiffres légèrement différents : la fiche produit de l’INAO parle d’une culture « à partir de 600 ou 800 mètres », puis, plus bas, d’une lavande vraie qui « ne pousse qu’à partir de 400 mètres ». Le magazine retient la formule du cahier des charges lu, dans sa version de 2012 : l’altitude minimale est de 800 mètres.

Une précision importante pour un magazine centré sur Montfroc : la commune fait bien partie de l’aire. Le document unique de l’appellation (version du 29 mai 2012) la cite parmi les communes du canton de Séderon, aux côtés de Séderon, Ballons, Lachau ou Montbrun-les-Bains, et la liste communale du cahier des charges la reprend. Seules les plantations situées à au moins 800 mètres d’altitude peuvent toutefois prétendre à l’appellation, avec des dérogations possibles accordées par l’INAO, jamais en dessous de 600 mètres. Comme le territoire de Montfroc s’étage de 732 à 1 533 mètres, ce sont surtout les parcelles des hauteurs qui sont concernées. Le cahier des charges a été modifié par un arrêté du 13 août 2024 : la rédaction s’appuie ici sur la version de 2012, la dernière qu’elle a pu lire.

Le parc des Baronnies provençales met lui aussi en avant l’appellation et la lavande parmi ses productions emblématiques, avec le thym et le romarin. Le lecteur qui souhaite comprendre ce qui distingue une huile essentielle appellation d’un produit ordinaire peut lire la fiche officielle de l’appellation, qui détaille l’histoire de la production et les règles de la distillation.

Floraison, récolte et distillation

Quand la lavande fleurit-elle ? La réponse dépend de l’altitude et de l’année. L’office de tourisme Ventoux-Provence l’exprime ainsi : la floraison s’étend de la mi-juin dans les zones basses jusqu’à la mi-août en montagne. Sur le plateau de Sault, la pleine floraison de la lavande fine a lieu dans la première moitié de juillet, et celle du lavandin de la mi-juillet à la mi-août. À Séderon, un site associatif local indique que le ramassage de la fleur se fait en général en juillet.

La récolte suit la floraison. Selon la même source, juillet commence par la cueillette de bouquets à la main, puis vient, de la mi-juillet à la mi-août, la récolte mécanique et l’acheminement vers les distilleries. Les fleurs, précise le cahier des charges de l’appellation, ne sont pas immédiatement distillées : elles doivent sécher afin de perdre de l’eau. La distillation, explique l’INAO, « s’effectue à la vapeur d’eau, seule technique permettant de préserver les composants aromatiques de la fleur ». On chauffe les fleurs, les substances aromatiques se vaporisent, puis, refroidies et condensées, elles reviennent sous forme liquide : c’est le distillat.

Le journal consacre un article entier à ce sujet, avec les lieux où voir les champs : la floraison et la distillation de la lavande du Jabron. Pour la géographie des paysages de lavande, on peut aussi visiter Simiane-la-Rotonde, dont le site communal se présente comme une étape de la route de la lavande.

Le village est présenté sur la page consacrée aux châteaux de Haute-Provence.

Champs de lavande en rangs près du Poët-Sigillat, sous un ciel clair
Champs de lavande au Poët-Sigillat (Drôme), non loin de la chapelle Notre-Dame de Beaulieu. Photo : Torsade de Pointes, CC0, via Wikimedia Commons

Le miel de lavande et l’IGP « Miel de Provence »

La lavande nourrit aussi les abeilles. L’Institut technique et scientifique de l’apiculture et de la pollinisation (ITSAP) note que la lavande est la miellée principale du quart sud-est de la France. En 2022, elle ne pesait toutefois que 6 % du tonnage national de miel, en forte baisse par rapport à 2021, et le Label Rouge « miel de lavande et de lavandin de Provence » a chuté de près de 30 %, soit 72 tonnes de moins, cette année-là. Ces chiffres rappellent que la production apicole dépend fortement de la météo et de la santé des plantes.

Le miel de Provence est protégé par une indication géographique protégée depuis 2005, d’après la fiche de l’INAO (référence IG/03/95). Il peut être monofloral (romarin, thym, lavande) ou polyfloral. Deux Label Rouge lui sont associés, attribués en 1989 pour le miel de lavande et de lavandin, et en 1994 pour le miel toutes fleurs. L’aire de production couvre les six départements de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, ainsi que le sud de la Drôme et une partie du Gard.

Une interview publiée dans le journal aborde le sujet du point de vue d’une apicultrice : le miel de lavande de Lure. La montagne de Lure voisine offre le décor de ces ruchers d’altitude.

L’agneau de Sisteron, les fromages de chèvre et le petit épeautre

D’autres produits font la réputation de la vallée, que l’on peut goûter au fil d’un week-end de trois jours dans la vallée. L’office de tourisme Lure-Provence cite les fromages de chèvre, le petit épeautre, présenté comme l’ancêtre du blé, les agneaux, la truffe et le miel. Le plan local d’urbanisme de Saint-Vincent-sur-Jabron liste, pour sa part, les périmètres de deux appellations d’origine, « Le Banon » et « Huile essentielle de lavande de Haute-Provence », et de trois indications géographiques protégées, « Miel de Provence », « Agneau de Sisteron » et « Petit épeautre de Haute-Provence ».

L’agneau de Sisteron est protégé par une IGP (référence IG/01/02) et bénéficie aussi d’un Label Rouge. L’INAO le décrit comme un agneau jeune et léger, issu d’un élevage extensif et pastoral, de brebis de races rustiques provençales : mérinos d’Arles, préalpes du Sud, mourérous. L’appellation est gérée par l’association CESAR, à Sisteron, dont le site officiel présente la filière. Le magazine ne précise pas l’aire géographique de l’IGP : la fiche de l’INAO et l’association ne la décrivent pas de la même manière, et il faudrait consulter le cahier des charges.

Deux petits fromages de chèvre ronds posés sur leur papier d'emballage, au marché de Séderon
Fromages de chèvre du marché de Séderon. Photo : Marianne Casamance, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le Label Rouge du miel de lavande et de lavandin, celui de 1989, est repris par un arrêté du 30 juillet 2009 qui en fixe la référence. Ces textes sont publics, tout comme les fiches produit de l’INAO, ce qui permet à tout consommateur de vérifier les conditions de production derrière une mention. Le parc des Baronnies met, de son côté, en avant l’ensemble de ces signes de qualité : il se dit reconnu pour son terroir, ses appellations d’origine, ses indications géographiques et ses labels rouges.

La foire bio de Montfroc

Le grand rendez-vous du village de Montfroc est la foire bio, qui se tient dans ses rues. Selon l’association organisatrice, les Amis de la Foire Bio de Montfroc, elle a lieu « depuis 1983 » chaque premier week-end d’octobre. Un article de presse de l’an 2000, hébergé sur le site de l’association, parle d’une dix-septième édition cette année-là, ce qui donnerait 1984 pour la première : le magazine ne cite donc aucun numéro d’édition.

En 2026, la foire est annoncée du samedi 3 au dimanche 4 octobre, d’après la fiche de Drôme Tourisme, recoupée par la fiche du Département de la Drôme et par le site de l’association. Plus d’une centaine d’exposants sont répartis dans tout le village : producteurs, acteurs de l’alimentation, artisans, professionnels du bien-être. Le programme comprend des conférences, des animations et un concert, sous réserve de modification. Des navettes gratuites sont mises en place le samedi et le dimanche, avec un parking à l’entrée du village, en venant de Séderon ou de Sisteron. Le journal détaille l’événement dans un article sur la foire bio de Montfroc.

Les informations à jour se trouvent sur le site de l’association.

Un point d’attention : la fiche de Drôme Tourisme est signée « Agence de développement des Alpes-de-Haute-Provence », alors que la foire se tient en Drôme. La rédaction y voit une erreur de rubrique, sans incidence sur les dates, qui sont recoupées par trois sources.

Marchés voisins et fêtes de la lavande

Pour acheter localement, les marchés sont la meilleure porte d’entrée. Celui de Séderon a lieu chaque dimanche matin, toute l’année, selon le calendrier de l’office de tourisme des Baronnies en Drôme provençale. Buis-les-Baronnies tient un grand marché provençal le mercredi matin, avec 180 commerçants au plus fort de la saison estivale, et un petit marché de producteurs le samedi matin. Nyons a son marché le jeudi, Montbrun-les-Bains le samedi. À Séderon, d’après le site de la vallée du Jabron, on trouve des fruits et légumes, des fromages de chèvre, des volailles et des œufs, des farines biologiques, des miels, des huiles essentielles et des tisanes. À Montfroc même, un compte rendu associatif évoque un marché du jeudi après-midi, en été.

Autre grand rendez-vous, plus à l’ouest : la fête de la lavande de Sault, qui célèbre chaque 15 août la fin de la récolte. Le site de la fête annonce la 39e édition le samedi 15 août 2026, avec un championnat de France de coupe de lavande à la faucille, une messe de l’Assomption et des défilés de groupes folkloriques, à l’hippodrome du Deffends, à un kilomètre et demi du village. L’organisation revient à l’association Lavandes en fête.

Une culture fragile

La lavande n’est pas une plante sans souci. Le dépérissement, maladie qui touche les lavandes et les lavandins depuis les années 1980, est provoqué par un phytoplasme transmis par la piqûre d’une cicadelle, Hyalesthes obsoletus. Les symptômes sont le dessèchement et la mort du plant, surtout chez les jeunes plants, et la lutte chimique n’est pas efficace, d’après une fiche d’une plateforme d’innovation agricole de la vallée de la Drôme. Cette fragilité explique en partie les variations de production d’une année sur l’autre, et l’intérêt des labels qui encadrent les pratiques.

Comment s’y retrouver sans publicité

Trois réflexes suffisent. D’abord, lire l’étiquette : une appellation d’origine protégée, une indication géographique protégée ou un Label Rouge renvoient chacun à un cahier des charges public, consultable sur le site de l’INAO. Ensuite, se méfier des mots vagues (« lavande de Provence », « produit du terroir ») qui ne correspondent à aucune règle. Enfin, préférer les circuits courts : marchés, foires, visites de fermes signalées par les offices de tourisme.

Questions fréquentes

La lavande fine (Lavandula angustifolia, dite lavande vraie) est l'espèce d'altitude. Le lavandin est un hybride de lavande fine et de lavande aspic : il est stérile, se multiplie par boutures et pousse de 0 à 800 mètres, d'après l'office de tourisme Ventoux-Provence. Il sert surtout à l'industrie, alors que la lavande fine alimente l'appellation de Haute-Provence.

L'huile essentielle de lavande de Haute-Provence a été reconnue en AOC par décret du 14 décembre 1981, comme l'indiquent l'INAO et le cahier des charges. L'aire concerne 284 communes de quatre départements : Alpes-de-Haute-Provence, Hautes-Alpes, Drôme et Vaucluse.

Oui. Le document unique de l'appellation (version 2012) cite Montfroc parmi les communes du canton de Séderon incluses dans l'aire. Seules les parcelles situées à au moins 800 mètres d'altitude peuvent prétendre à l'AOP, sauf dérogation de l'INAO (jamais sous 600 mètres).

Selon l'office de tourisme Ventoux-Provence, la floraison s'échelonne de mi-juin dans les zones basses à mi-août en montagne ; sur le plateau de Sault, la pleine floraison de la lavande fine a lieu dans la première moitié de juillet. À Séderon, une source locale indique que le ramassage a lieu en général en juillet.

Chaque premier week-end d'octobre depuis 1983, selon l'association organisatrice. En 2026, elle est annoncée du samedi 3 au dimanche 4 octobre, avec plus d'une centaine d'exposants ; des navettes gratuites sont mises en place le samedi et le dimanche.

Le miel de Provence est protégé par une IGP depuis 2005, avec deux Label Rouge attribués en 1989 (miel de lavande et de lavandin) et en 1994 (miel toutes fleurs). L'agneau de Sisteron bénéficie d'une IGP (référence IG/01/02) et d'un Label Rouge. Les fiches de l'INAO détaillent ces labels.

Sources consultées