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1 826 m

La montagne de Lure : un pli de calcaire entre le Ventoux et la Durance

Longue chaîne de calcaire qui domine la vallée du Jabron, la montagne de Lure culmine autour de 1 826 mètres : géologie, forêts, espèces protégées, abbaye romane, station de ski et grands sentiers.

Une randonneuse sur une crête de calcaire clair, face à des lignes de crêtes au couchant

Un massif de calcaire au-dessus du Jabron

La montagne de Lure ferme l’horizon sud de Montfroc. Elle appartient à la même famille géologique que le mont Ventoux et le plateau d’Albion : selon Wikipédia, elle repose sur une vaste dalle de calcaire urgonien, comme eux. Le Parc naturel régional des Baronnies provençales décrit de son côté la ligne mont Ventoux et montagne de Lure comme l’une des ondulations est-ouest issues de la phase pyrénéenne de plissement, qui « donne encore aujourd’hui le ton » aux montagnes des Baronnies.

Cette chaîne se situe au sud de la vallée du Jabron et lui est parallèle. Pour le village de Montfroc, Lure est à la fois un décor, une réserve de bois et un repère : le signal, avec son relais de transmission, se voit de très loin. Le magazine place la montagne au centre de sa porte d’entrée « Nature et terroir », et lui consacre cette page pour les repères essentiels.

L’atlas des paysages des Alpes-de-Haute-Provence, édité par le Département, donne des chiffres : l’unité paysagère « montagne de Lure » couvre environ 20 183 hectares, son altitude minimale est de 800 mètres, et elle concerne seize communes, parmi lesquelles Noyers-sur-Jabron, Valbelle, Saint-Vincent-sur-Jabron, Les Omergues, Saint-Étienne-les-Orgues et Peipin. Le même document décrit Lure comme « une chaîne longue de trente kilomètres, de la Durance à la montagne d’Albion ». Wikipédia avance 42 kilomètres. Ce désaccord peut tenir à la manière de délimiter le massif ; le magazine s’en tient à la source institutionnelle.

Les altitudes elles-mêmes posent une petite énigme. Le signal de Lure se situe, selon les sources, à 1 825, 1 826 ou 1 827 mètres.

Source Altitude du signal Nature de la source
Wikipédia, carte IGN classique 1 825 m Secondaire
Tourisme Provence-Alpes-Côte d’Azur 1 825 m Tourisme régional
Atlas des paysages, Alpes-de-Haute-Provence 1 826 m Département
Tourisme Alpes-de-Haute-Provence 1 826 m Tourisme départemental
Office Lure-Provence, communauté de communes 1 826 m Sources locales
Parc naturel régional du Luberon 1 827 m Fiche Natura 2000

Ces écarts d’un ou deux mètres sont banals en montagne : ils tiennent à la carte de référence, à la méthode de mesure et au point exact retenu au sommet. Le magazine retient environ 1 826 mètres, valeur de la majorité des sources locales et de l’Atlas des paysages, en rappelant qu’elle varie légèrement selon les documents.

Vue vers le nord depuis la montagne de Lure : vallées boisées et lointains bleutés
Vue vers le nord depuis la montagne de Lure. Photo : Dominique Dardenne, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Géologie : un pli couché et des pierriers blancs

L’atlas des paysages fournit la description la plus précise de la structure de Lure. La montagne est « un pli couché, rabattu sur lui-même vers le nord, pincé au niveau de la vallée du Jabron », formé de calcaires du Crétacé inférieur et contemporain du plissement pyrénéen, il y a environ 65 millions d’années. Autrement dit, la vallée du Jabron, d’où partent la plupart des randonnées, se trouve à l’endroit où le grand pli de Lure se referme.

Les crêtes portent des pierriers très blancs, que le document compare à des « assiettes cassées » : de petites dalles de calcaire fracturé, qui donnent aux hauteurs leur aspect lunaire. Le versant nord, l’ubac, marque le passage à la fosse vocontienne, avec ses faciès marneux. L’adret et l’ubac diffèrent nettement. Au sud, l’adret descend en pentes douces vers le bassin de Forcalquier. Au nord, l’ubac est plus accidenté ; coiffé de falaises, il descend abruptement vers la vallée du Jabron.

Cette dissymétrie a des conséquences concrètes. L’eau, d’abord : les sources sont fréquentes sur l’ubac, et l’eau se raréfie sur l’adret. Le massif contient aussi un vaste réseau souterrain et de nombreux avens, ces puits naturels typiques des plateaux calcaires. L’ubac de Lure pèse enfin sur le climat de la vallée : la commune de Saint-Vincent-sur-Jabron, d’après son plan local d’urbanisme, est froide l’hiver car proche de cet ubac.

Forêts : d’un étage à l’autre

La forêt occupe plus des trois quarts du territoire de l’unité paysagère, selon l’atlas, et a été exploitée jusqu’en 1945 pour le charbonnage. Son organisation suit l’altitude, et l’atlas décrit les étages de l’adret : en bas, la garrigue et la lavande (le terroir de la vallée en parle plus longuement), puis un taillis de chênes blancs, le pin sylvestre, enfin le hêtre ; des plantations récentes de cèdres s’intercalent dans ces formations et « surprennent dans ce milieu ».

La Station de Lure, dans un billet consacré à la flore, propose une autre lecture, en gradins. Au piémont, vers 500 mètres, poussent chênes verts, chênes blancs, cèdres de l’Atlas et amandiers. Dès 800 mètres, la forêt de chênes blancs s’installe ; à partir de 1 200 mètres, c’est le hêtre qui accompagne le promeneur ; vers 1 500 mètres, les arbres cèdent la place à la pelouse calcaire. Sur le versant nord, l’atlas cite plutôt le pin noir d’Autriche, le mélèze, l’épicéa et le sapin, avec le hêtre sur les hauteurs, et, dans les fonds humides, l’érable, le bouleau, le frêne et le saule.

Le Parc naturel régional du Luberon, qui anime depuis 2022 le site Natura 2000 « Montagne de Lure », signale une hêtraie-sapinière « sèche et/ou acidiphile, singulière pour la région ». Une réserve biologique intégrale a été déployée en 2023 sur le versant nord : dans ce type de réserve, l’exploitation forestière est arrêtée et la forêt évolue librement. Le contraste avec le passé charbonnier de la montagne est saisissant.

Faune et flore protégées

Le site Natura 2000 « Montagne de Lure » couvre 4 952 hectares sur dix communes et deux intercommunalités, d’après la fiche du parc du Luberon, et abrite 40 espèces inscrites aux annexes II et IV de la directive Habitats. La flore remarquable comprend le genêt radié, l’ancolie de Bertoloni et le sorbier de Legré. La station de Lure ajoute, pour les pelouses de crête, le gaillet des rochers, le panicaut blanc des Alpes, le genévrier rampant, l’absinthe et la grande gentiane.

La faune est tout aussi notable. La vipère d’Orsini, dont la présence en France n’est avérée que sur dix sites des Alpes du Sud, dont Lure, est protégée. Le parc recense 153 espèces de papillons connues sur le site, dont l’Apollon, la Proserpine et l’Alexanor. Parmi les oiseaux, il cite la gélinotte des bois, dont la population de Lure est la plus méridionale des Alpes du Sud, le tétras lyre, le bruant ortolan, l’aigle royal, le crave à bec rouge et le faucon pèlerin. L’office de tourisme départemental mentionne enfin le cerf élaphe, le chamois, le chevreuil et la présence ponctuelle du loup.

Pour le promeneur, ces informations ont une conséquence : la montagne est un espace fragile, où l’on reste sur les sentiers.

Une réserve de biosphère de l’Unesco

Le Luberon appartient depuis 1997 au réseau international des réserves de biosphère de l’Unesco. En 2010, le territoire a été étendu aux communes du versant sud de la montagne de Lure, d’où le nom de « Luberon-Lure », puis revalidé par l’Unesco en 2022, selon le site du parc. La réserve comprend le parc du Luberon et les communes des cantons de Banon et de Saint-Étienne-les-Orgues, ainsi que le lit de la Durance en rive gauche.

Une précision de méthode : la vallée du Jabron, sur le versant nord, n’est pas nommée dans cette liste. Le magazine ne dit donc pas que Montfroc ou Noyers appartiennent à la réserve de biosphère : ce label concerne le versant sud de Lure. La vallée du Jabron relève, pour Montfroc, du parc naturel régional des Baronnies provençales, dont la page suivante présente le périmètre.

Saisons, station de ski et route du sommet

Selon l’office de tourisme Lure-Provence, la route qui mène au sommet est « évidemment fermée pendant la période hivernale ». Wikipédia précise qu’elle a été inaugurée en 1941, qu’elle n’a été goudronnée qu’au cours des années 1960 et qu’elle monte jusqu’à 1 748 mètres, sous le signal. Le sommet lui-même est occupé par un relais de transmission.

L’hiver, la montagne accueille la plus ancienne station de ski du département : l’office de tourisme note qu’« on y skie depuis 1937 ». La Station de Lure se présente à 1 600 mètres d’altitude. Le col du Pas de la Graille relie la vallée du Jabron au pays de Forcalquier, via Saint-Étienne-les-Orgues. Les pratiques citées par l’office sont la randonnée, le vélo, le ski de fond, le planeur, le parapente et le deltaplane. Le ciel étoilé de Lure fait l’objet d’un article de blog.

Les saisons dictent le rythme : ski de fond et randonnée en hiver, route du sommet ouverte le reste de l’année. Sur une montagne de plus de 1 800 mètres, il est prudent de consulter les bulletins météo avant chaque sortie, car le temps peut y changer vite.

Le sommet du signal de Lure, avec ses antennes et le chemin de crête sur le calcaire clair
Le signal de Lure, occupé par un relais de transmission. Photo : Calips, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Grands sentiers et itinéraires

Le GR 6 arrive de Sisteron puis grimpe au sommet de Lure, selon l’office de tourisme. Le GR de Pays fait le tour de la montagne en cinq ou six étapes. Le GR 653, chemin de Compostelle, et le GR 946, tour des Préalpes, traversent le territoire. Parmi les parcours nommés par l’office, on relève l’ascension de la crête depuis Peipin en trois heures, le cirque de Valbelle, la chapelle Saint-Pons et le passage du pas de Peipin au Trou du Loup. Le tourisme régional cite encore les chemins entre Ongles et Lardiers, qui passent près du village abandonné de Vière, et la carte IGN 3341 OT.

Le magazine réunit, de son côté, cinq randonnées depuis Montfroc et sur Lure. Les distances, dénivelés et durées de chaque itinéraire y sont vérifiés sur des sources officielles, ce qui n’est pas fait ici.

Patrimoine : l’abbaye Notre-Dame-de-Lure et l’observatoire voisin

Un monument protégé se trouve au cœur du massif : l’abbaye Notre-Dame-de-Lure, à Saint-Étienne-les-Orgues. La notice Mérimée (PA00080462) précise que l’église et le bâtiment des communs sont classés par arrêté du 30 juillet 1980. La Fondation du patrimoine ajoute que l’abbaye a été bâtie à la fin du XIIe siècle, à 1 236 mètres d’altitude, au cœur de la montagne, puis abandonnée entre le XIVe et le XVIIe siècle. L’atlas des paysages date l’ermitage du XIIe siècle et note l’église aux toitures de lauzes.

L’Observatoire de Haute-Provence, souvent associé à Lure, n’est pas sur le massif : il se trouve à Saint-Michel-l’Observatoire, à 650 mètres d’altitude selon Wikipédia. Inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 8 février 2017, son télescope de 193 centimètres a permis la découverte de la première exoplanète en 1995 par les astronomes suisses Michel Mayor et Didier Queloz, d’après l’office de tourisme de Haute-Provence. Sa date de création varie selon les sources, 1937 ou 1932 : le magazine ne tranche pas.

Lavande, herboristes et miel : Lure côté terroir

L’atlas des paysages rappelle que Lure fut « autrefois paradis des herboristes ». La lavande y a laissé des traces : sur l’adret, la garrigue et la lavande occupent le bas de pente, avant le taillis de chênes blancs. L’Institut national de l’origine et de la qualité indique que la lavande de l’appellation d’origine protégée « Huile essentielle de lavande de Haute-Provence » est cultivée à partir de 600 ou 800 mètres d’altitude, et que l’AOP date de 1981. Une autre phrase de la même page évoque 400 mètres : le magazine retient la formule du cahier des charges et préfère dire « en altitude ».

Ces plantes nourrissent un terroir que le journal explore dans plusieurs pages. L’article sur la floraison et la distillation de la lavande du Jabron complète ce tableau.

Une interview d’apicultrice, publiée dans le journal, aborde le miel de lavande de Lure.

Lure et la Résistance : ce que l’on peut dire

Lure a aussi une histoire de refuge. Selon Wikipédia, dès le printemps 1943, la montagne fut l’un des refuges de jeunes gens voulant échapper au service du travail obligatoire en Allemagne. Le poète René Char, « capitaine Alexandre », fut chef départemental de la Section atterrissage parachutage pour les Basses-Alpes dès septembre 1943, avec son quartier général à Céreste, entre Lure et Luberon, d’après le site de la ville de Forcalquier.

Le magazine s’arrête là, volontairement. Aucune source primaire consultée ne détaille les effectifs, les dates de création ou les combats d’un « maquis de Lure » propre à la vallée du Jabron, et aucune stèle précise n’a pu être identifiée. Plutôt que de broder, la rédaction préfère renvoyer aux notices d’archives du Service historique de la Défense, qui conserve une notice « Maquis de Montagne de Lure » dans son répertoire des maquis.

Lure vue de Montfroc

De Montfroc, la montagne de Lure est d’abord une ligne claire qui ferme le sud. Pour le visiteur, elle offre un terrain de randonnée, d’observation du ciel et de découverte des forêts. Pour le lecteur du magazine, elle est le troisième volet de la trilogie qui organise le site : le village, la vallée, la montagne. On peut prolonger la lecture avec la page consacrée aux Baronnies provençales, dont Montfroc fait partie.

Questions fréquentes

Les sources divergent de quelques mètres : 1 825 m sur la carte IGN reprise par Wikipédia et par le tourisme régional, 1 826 m pour l'Atlas des paysages des Alpes-de-Haute-Provence, le tourisme départemental, l'office Lure-Provence et la communauté de communes, 1 827 m pour le Parc du Luberon. Le magazine retient environ 1 826 m.

Les sources ne s'accordent pas : 42 kilomètres selon Wikipédia, mais « une chaîne longue de trente kilomètres, de la Durance à la montagne d'Albion » selon l'Atlas des paysages des Alpes-de-Haute-Provence, source officielle du Département. Aucun chiffre n'est donc à retenir sans citer sa source.

Elle n'est pas dans le parc du Luberon, mais son versant sud fait partie de la réserve de biosphère Luberon-Lure de l'Unesco : le Luberon appartient au réseau depuis 1997, et le territoire a été étendu en 2010 aux communes du versant sud de Lure. La vallée du Jabron, au nord, n'est pas nommée dans cette réserve.

Une route d'accès existe, mais elle est fermée en hiver, d'après l'office de tourisme Lure-Provence. Selon Wikipédia, elle a été inaugurée en 1941, goudronnée dans les années 1960, et monte jusqu'à 1 748 mètres, sous le signal. Le sommet est occupé par un relais de transmission.

Le Parc du Luberon cite, pour le site Natura 2000, la vipère d'Orsini (présente en France sur dix sites des Alpes du Sud seulement, dont Lure), la gélinotte des bois, le tétras lyre, l'aigle royal, ainsi que 153 espèces de papillons connues, dont l'Apollon et la Proserpine.

Non. Il se trouve à Saint-Michel-l'Observatoire, à 650 mètres d'altitude selon Wikipédia, et non sur le massif. Il a été inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 8 février 2017. Le ciel de Lure, très peu pollué par les lumières, est en revanche associé à l'astronomie.

Sources consultées