La vallée du Jabron, entre montagne de Lure et Sisteron : villages, patrimoine et terroir
Du col de la Pigière à Sisteron, le Jabron traverse une dizaine de communes de Haute-Provence et une commune drômoise, Montfroc : villages de pierre, églises romanes, chapelles perchées et produits du terroir.
Un torrent entre Lure et Sisteron
La vallée du Jabron est l’une de ces vallées de Haute-Provence que l’on traverse sans toujours la nommer. L’office de tourisme Lure-Provence la situe « entre mont Ventoux et Sisteron », la communauté de communes Jabron Lure Vançon Durance la décrit comme un territoire rural encadré par la montagne de Lure et le massif des Monges, « façonnés par les rivières du Jabron et du Vançon ». Le Jabron lui-même est un torrent du sud de la France qui coule dans les Alpes-de-Haute-Provence et dans la Drôme, avant de se jeter dans la Durance, selon la notice que Wikipédia lui consacre.
Le cours d’eau naît aux Omergues, à 960 mètres d’altitude, à proximité du col de la Pigière. Il coule ensuite d’ouest en est, au nord de la montagne de Lure et parallèlement à elle, et rejoint la Durance à 455 mètres d’altitude, sur le territoire de Sisteron. Sa longueur est de 36,5 kilomètres d’après le référentiel SANDRE, son bassin versant couvre 205 kilomètres carrés et son régime est pluvial : ses crues suivent les épisodes de pluie plutôt que la fonte des neiges. La pente moyenne, d’environ 2,5 pour mille, est faible : c’est une rivière de vallée large plus que de gorge.
Une précision utile : quatre cours d’eau du sud-est de la France s’appellent Jabron, dont des affluents du Roubion et du Verdon. Le torrent dont il est question ici, affluent de la Durance, est celui de Montfroc, des Omergues et de Noyers. La précision compte : les recherches en ligne mélangent aisément ces homonymes.
La vallée est, par ailleurs, le territoire naturel de Montfroc. Le village de Montfroc est le seul de la Drôme à se trouver au sein de la vallée, selon la communauté de communes. C’est pourquoi le magazine y consacre une page entière : sans elle, l’enclave drômoise n’est qu’un curieux détail administratif.
La vallée du Jabron vue de la Roche Muraille, à Noyers-sur-Jabron. Photo : JYB Devot, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
Les villages de la vallée, d’amont en aval
Dix communes sont traversées par le Jabron, de la source à la Durance. La communauté de communes en réunit quatorze, avec des communes de la vallée du Vançon et du val de Durance. Pour s’y organiser, un week-end de trois jours dans la vallée du Jabron sert de fil conducteur. Le tableau qui suit rassemble, pour sept villages de la vallée, les repères relevés sur les pages officielles de la communauté de communes. Les populations sont celles que chaque page indique, avec leur date : elles varient d’une source à l’autre, et un chiffre n’a de sens que daté.
Village
Altitude
Repère
Population (date)
Les Omergues
789 à 1 452 m
Source du Jabron ; chartes de 1155
131 (2021)
Montfroc (Drôme)
732 à 1 533 m
Seul village drômois de la vallée
100 (Insee, 2023)
Curel
696 m
Croix de carrefour classée
53 (2021)
Saint-Vincent-sur-Jabron
633 m
Vieux village abandonné après la Seconde Guerre mondiale
—
Noyers-sur-Jabron
550 m
Ancien chef-lieu de canton ; église de Haut-Noyers
525 (2023)
Valbelle
580 m
Ancien village perché aux deux tours
233 (2007)
Bevons
505 m
Ruines du vieux village
—
Trois traits se dégagent. Les altitudes baissent régulièrement d’amont en aval, de plus de 700 mètres aux Omergues à 505 mètres à Bevons, ce qui donne à la vallée une pente douce vers la Durance. Les populations sont faibles, et l’histoire démographique est marquée par un net déclin. Valbelle comptait 835 habitants en 1800 et 233 au recensement de 2007 ; les Omergues, 797 en 1831 et 131 en 2021.
Le troisième trait est architectural : plusieurs villages ont un « vieux village » en hauteur, abandonné, et un village plus récent installé en contrebas. À Valbelle, le village perché aux deux tours en ruine fut abandonné, probablement au XVIe siècle, pour gagner l’emplacement actuel. À Saint-Vincent-sur-Jabron, le village s’était installé sur la butte au XIVe siècle et ses derniers habitants ont quitté le vieux village à la fin de la Seconde Guerre mondiale. À Noyers, l’ancien site situé à un kilomètre conserve les restes d’un château du XIIIe siècle. Ce mouvement de descente vers la vallée est l’une des clés de lecture de tout le pays.
Les Omergues et Montfroc : le haut de la vallée
Les Omergues est le premier village de la vallée pour qui l’aborde par l’ouest, et le village culminant de la vallée, « là où le Jabron prend sa source ». La commune s’étend entre 789 et 1 452 mètres d’altitude sur 3 422 hectares. La localité apparaît pour la première fois dans les chartes en 1155, et l’ordre du Temple y possédait des biens, ensuite attribués à l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. Le col de la Pigière, qui culmine à 969 mètres entre la Drôme et les Alpes-de-Haute-Provence, relie la haute vallée de la Méouge à la vallée du Jabron, côté Baronnies provençales.
Montfroc vient ensuite. Le village est « niché en contrebas de la Tourette », selon la page officielle, avant-dernier village de la vallée lorsque l’on se dirige vers l’ouest. C’est là qu’on voit le plus nettement la particularité administrative du lieu : le Jabron passe sous un village drômois, avant de retrouver les Alpes-de-Haute-Provence à Curel. L’histoire féodale de Montfroc, la maison forte de la Tourette et les seigneurs successifs sont détaillés dans l’article sur la maison forte de la Tourette.
Curel, perché à 696 mètres, est décrit par la communauté de communes comme un « petit village de pierres tout en charme ». Il abrite l’un des monuments historiques de la vallée : une croix de carrefour en pierre du XVe siècle, classée par arrêté du 26 septembre 1909 et propriété de la commune. Le village est voisin de Montfroc, dont il partage la crête des Serres, et domine la cluse des Baumes.
Saint-Vincent, Noyers, Valbelle et Bevons : la vallée habitée
Saint-Vincent-sur-Jabron se trouve à 633 mètres d’altitude, « à égale distance de Sisteron et de Séderon ». Son nom apparaît dans les chartes du début du XIe siècle, et il appartenait à l’abbaye de Cruis. Le climat y est continental et très ensoleillé, mais froid l’hiver car le village est proche de l’ubac de Lure. La rédaction n’a trouvé aucune notice Mérimée pour cette commune. Les appellations qui recouvrent son territoire sont détaillées sur la page du terroir de la vallée.
Noyers-sur-Jabron, à 550 mètres d’altitude, était le chef-lieu du canton. Le nom vient du latin Nucerutum, un « lieu planté de noyers », et apparaît pour la première fois en 1168 sous la forme « de Nogueriis ». La commune est la plus vaste de la vallée, avec 5 658 hectares, et se limite au sud par le sommet de Lure. Elle possède l’un des monuments historiques de la vallée : l’église de Haut-Noyers, classée par arrêté du 22 juillet 1913 (Mérimée PA00080440). Ses campagnes de construction s’échelonnent de la seconde moitié du XIIe siècle au XVIIIe siècle selon la base Mérimée ; ancienne dépendance du prieuré de Ganagobie, elle mesure 32 mètres sur 12 et compte parmi les plus grandes églises du département, et sa cloche date de 1549.
À côté des églises, deux demeures ont retenu l’attention. Le château de la Grande-Bastide, à l’écart du village, est construit au début du XVIIe siècle, d’après la communauté de communes. Le château ou les bastides de Périvoye datent également du XVIIe siècle, selon Wikipédia. Aucune de ces deux demeures ne dispose d’une notice Mérimée : elles ne sont donc pas protégées au titre des monuments historiques, ce qui n’enlève rien à leur intérêt. D’autres demeures de la région sont présentées sur la page des châteaux de Haute-Provence.
La façade sud du château de Périvoye, à Noyers-sur-Jabron, cachée de la vallée. Photo : Sébastien Thébault, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Valbelle, à 580 mètres, s’étend à l’ubac de la montagne de Lure. Son nom vient de l’occitan Vallebella, la « belle vallée ». L’office de tourisme recommande la marche d’une heure et demie qui mène à la chapelle Saint-Pons, accrochée à sa falaise au-dessus du village, avec une vue sur le cirque de Valbelle et la vallée du Jabron ; le journal a réuni cinq randonnées au départ de Montfroc et sur Lure. Bevons, enfin, à 505 mètres le long de la départementale 946, offre les ruines du vieux village, la chapelle Saint-Gervais-et-Protais, la Pierre écrite du Pas de l’Essaillon et la Pierre Impie.
La communauté de communes Jabron Lure Vançon Durance réunit, dans son annuaire officiel, quatorze communes : Aubignosc, Bevons, Châteauneuf-Val-Saint-Donat, Châteauneuf-Miravail, Curel, Les Omergues, Montfort, Montfroc, Noyers-sur-Jabron, Peipin, Saint-Vincent-sur-Jabron, Salignac, Sourribes et Valbelle. Seule Montfroc est drômoise. Le voisin Séderon, lui, n’en fait pas partie : son intercommunalité est la communauté de communes des Baronnies en Drôme provençale, ce qui rappelle que la frontière départementale reste, ici, une frontière administrative bien réelle.
Le passé est lisible dans les noms. Le village de Saint-Vincent-sur-Jabron a livré, au lieu-dit Villelongue, les vestiges d’un établissement gallo-romain, et son nom apparaît dans les chartes du début du XIe siècle. Les habitants de Noyers-sur-Jabron s’appellent les Nucétois, d’après le latin Nucerutum. Ces détails, rassemblés par la communauté de communes, donnent à la vallée une profondeur historique que l’on n’imaginerait pas en la traversant en voiture.
Le terroir de la vallée
Que produit-on dans la vallée ? L’office de tourisme énumère les fromages de chèvre, le petit épeautre, présenté comme l’ancêtre du blé, les agneaux, la truffe et le miel. Les périmètres d’appellation qui recouvrent la commune de Saint-Vincent-sur-Jabron, cités dans son plan local d’urbanisme, donnent une idée plus précise du cadre : les AOC-AOP « Le Banon » et « Huile essentielle de lavande de Haute-Provence », et les IGP « Miel de Provence », « Agneau de Sisteron » et « Petit épeautre de Haute-Provence ». La page consacrée au terroir revient sur ces produits, et sur la foire bio d’octobre à Montfroc.
La lavande occupe une place particulière. Un article du journal suit la floraison et la distillation de la lavande dans la vallée. Le plan local d’urbanisme de Saint-Vincent-sur-Jabron rappelle, de son côté, que le village est froid l’hiver car proche de l’ubac de Lure.
La vallée abrite aussi une biodiversité que l’office de tourisme met en avant. Il cite, pour la montagne de Lure voisine, la proserpine, un papillon, et la vipère d’Orsini, une espèce protégée. La page sur la montagne de Lure présente en détail ce massif qui domine la vallée.
Marcher dans la vallée
Le territoire est traversé par plusieurs sentiers de grande randonnée : le GR 6, le GR de Pays de la montagne de Lure, le GR 653 (chemin de Compostelle), le GR 946 (tour des Préalpes) et le GR 406 (route Napoléon), selon la communauté de communes. Cinq sentiers de découverte de la biodiversité et du patrimoine parcourent aussi la vallée du Jabron, sur un total de neuf avec ceux du côté de la Durance. Il est utile de vérifier, avant de partir, l’état des balisages et la météo, la montagne de Lure ne se traitant pas comme une promenade de plaine.
L’office de tourisme propose une sélection d’itinéraires courts, dont le bois de la Fayée, le cirque de Valbelle, les gorges de la Rayée jusqu’au chemin des Côtes, le pas de Peipin jusqu’au Trou du Loup, et la chapelle Saint-Pons. Les distances et les dénivelés précis de ces circuits sont à relever sur les fiches officielles, qui les tiennent à jour. Le journal a réuni, de son côté, cinq randonnées au départ de Montfroc et sur Lure.
Ce magazine ne recommande ni ne référence d’hébergements ou de restaurants privés. Pour organiser un séjour dans la vallée, les sources publiques sont l’office de tourisme Lure-Provence et la communauté de communes Jabron Lure Vançon Durance, qui tiennent à jour leurs annuaires. Un article du journal propose un week-end de trois jours dans la vallée du Jabron, construit autour des lieux et des sentiers plutôt que des adresses commerciales.
La vallée est à la fois proche et isolée. Proche, parce que Sisteron n’est qu’à une trentaine de kilomètres de Montfroc selon Wikipédia, et que la communauté de communes est traversée par l’autoroute A51, accessible à Aubignosc. Isolée, parce que les routes de vallée sont étroites, que les villages sont petits et que les services y sont rares. La communauté de communes se présente d’ailleurs comme la « porte d’entrée de la Drôme dans le département » des Alpes-de-Haute-Provence.
La vallée dans son contexte
Le Jabron n’est pas seulement une vallée touristique : c’est un trait d’union entre plusieurs entités. Au sud, la montagne de Lure. À l’ouest, par le col de la Pigière, la haute vallée de la Méouge et les Baronnies provençales, dont l’histoire est présentée sur la page consacrée au parc naturel régional des Baronnies provençales.
À l’est, la Durance et Sisteron, dont la citadelle est détaillée dans la page des châteaux de Haute-Provence.
Cette position d’entre-deux explique la diversité des patrimoines : des églises romanes dépendantes de prieurés, des chapelles perchées, des croix, des demeures rurales du XVIIe siècle, des villages abandonnés. C’est aussi ce qui explique l’attrait de l’endroit pour un magazine du patrimoine : on y lit, en quelques kilomètres, huit siècles d’histoire rurale.
Questions fréquentes
Elle s'étire au nord de la montagne de Lure, entre le mont Ventoux et Sisteron selon l'office de tourisme Lure-Provence. Le Jabron prend sa source aux Omergues, coule d'ouest en est et rejoint la Durance à Sisteron.
La longueur du cours d'eau est de 36,5 kilomètres selon le référentiel SANDRE, tel que le rapporte Wikipédia. Il prend sa source à 960 mètres d'altitude et se jette dans la Durance à 455 mètres, sur la commune de Sisteron.
D'amont en aval : Les Omergues, Montfroc (Drôme), Curel, Châteauneuf-Miravail, Saint-Vincent-sur-Jabron, Noyers-sur-Jabron, Valbelle, Bevons, Peipin et Sisteron. La communauté de communes Jabron Lure Vançon Durance compte quatorze communes, dont Montfroc.
Oui, mais peu. La base Mérimée recense l'église de Haut-Noyers, classée par arrêté du 22 juillet 1913, et la croix de carrefour de Curel, du XVe siècle, classée le 26 septembre 1909. Aucune protection n'a été trouvée pour Montfroc, Saint-Vincent-sur-Jabron, Valbelle ni Bevons.
L'office de tourisme cite les fromages de chèvre, le petit épeautre, les agneaux, la truffe et le miel. Les périmètres d'appellation listés dans le plan local d'urbanisme de Saint-Vincent-sur-Jabron comprennent le Banon, l'huile essentielle de lavande de Haute-Provence, le miel de Provence, l'agneau de Sisteron et le petit épeautre de Haute-Provence.
Ne pas confondre : quatre cours d'eau du sud-est de la France portent ce nom, dont des affluents du Roubion et du Verdon. Ce magazine parle du torrent affluent de la Durance.