L'église Saint-Clair de Montfroc et la chapelle de La Bégüe

Sur les hauteurs des Asnières, l'église Saint-Clair cache plus de treize siècles d'occupation, révélés par l'Inrap en 2018, puis sauvée par les habitants. La chapelle de La Bégüe, elle, a tenu lieu d'église pendant l'abandon.
Une église à flanc de montagne, face à Lure
Pour comprendre l’église Saint-Clair de Montfroc, il faut d’abord la chercher au bon endroit. Elle ne se trouve pas au centre du village, mais à environ 150 mètres au-dessus du hameau des Asnières, sur la route de l’Église. Le Parc naturel régional des Baronnies provençales la décrit comme « isolée et située à flanc de montagne, bien exposée au soleil et faisant face à la crête de la montagne de Lure ». Le lieu est modeste, l’église appartient à la commune, et c’est justement ce qui le rend remarquable : un village de cent habitants y a rouvert un édifice fermé depuis plus de cinquante ans.
La réponse courte à la question que l’on se pose en arrivant est donc la suivante. Saint-Clair est l’ancienne église paroissiale de Montfroc, héritière d’un lieu de culte bien plus ancien que le bâtiment actuel. Les fouilles de 2018 ont montré que le site est occupé depuis plus de treize siècles. L’édifice que l’on voit aujourd’hui est surtout une construction des XVIe au XIXe siècles, son clocher datant de 1868 à 1873. La restauration, achevée à l’été 2021, lui a valu en 2022 le prix régional des Rubans du Patrimoine.
Le village de Montfroc est fait de deux hameaux, La Bégüe et Les Asnières. L’église domine le second. Un sentier du réseau départemental de randonnée qui rejoint le col de Lun par Piedblacun, puis revient par Villevieille, passe au pied de l’édifice : on peut donc le découvrir en marchant, ce qui convient à son emplacement.
Le cimetière, « discret et simple » d’après le Parc, entoure l’église à l’est et au sud. Il occupe en partie l’emplacement de l’ancien presbytère, aujourd’hui démoli. On y lit des sépultures modestes, des caveaux de famille, et une tombe dont l’inscription revendique, pour toute la famille, la qualité de « libre penseur ». Ce détail dit bien le caractère d’un lieu où la piété n’a jamais été la seule affaire des vivants.
Deux routes anciennes au pied de l’église
L’emplacement n’a rien d’un hasard. Le rapport de diagnostic de l’Inrap, rédigé en octobre 2018, situe l’église au croisement de deux axes anciens. Le premier relie Vaison-la-Romaine, la Vasio Vocontiorum des Romains, à Sisteron, la Segustero antique, par les vallées du Toulourenc et du Jabron. Le second est un chemin nord-sud qui reliait les sanctuaires antiques de Lachau à celui du Chastelard de Lardiers. Selon l’Inrap, « c’est cette voie qui contourne l’église ».
Il faut lire cette phrase comme une hypothèse de spécialistes, pas comme un fait établi par une inscription. Elle a toutefois une conséquence utile pour le visiteur : en montant à Saint-Clair, on suit sans le savoir un tracé fréquenté bien avant les seigneurs de Montfroc. Nous reviendrons sur eux dans l’article consacré aux seigneurs de Montfroc, car leur histoire croise celle de la paroisse.
Treize siècles sous les pierres : ce qu’a révélé l’Inrap en 2018
Tout part d’un geste de bénévoles. Pendant la préparation du chantier, les architectes demandent des sondages du sol, réalisés par des membres de l’association. Ils découvrent une tuile romaine, une tegula. Cette simple tuile suffit pour que le Service régional de l’archéologie prescrive un diagnostic. L’Inrap intervient du 3 au 11 juillet 2018 ; le responsable d’opération, Guillaume Martin, remet son rapport en octobre 2018.
Jusque-là, on tenait l’église pour une fondation du XIIIe siècle, dont seul le chœur aurait subsisté. Les sondages disent autre chose. La notice scientifique du rapport parle d’une séquence stratigraphique « qui s’étale sur plus de 14 siècles » et de « vestiges d’une occupation bien antérieure à celle communément admise ». Le document de la commune résume la surprise : quatorze siècles d’occupation « et non pas 8 seulement ». Le Parc des Baronnies titre pour sa part sur « 1500 ans d’histoire ». Nous préférons ici la formule la plus prudente, plus de treize siècles, car elle se déduit de la tombe la plus ancienne datée avec certitude.
La tombe à bâtière du VIIe-VIIIe siècle
Cette tombe est la pièce maîtresse du diagnostic. Une bâtière est un couvercle de sépulture en forme de toit à deux pentes. Celle de Saint-Clair se trouve dans le collatéral nord. L’Inrap la présente comme « l’unique représentante » du haut Moyen Âge sur le site. Il n’y a donc pas un cimetière de bâtières, mais une seule tombe, et il vaut mieux ne pas l’écrire au pluriel.
La datation au radiocarbone donne 1320 ± 30 ans avant le présent, soit, une fois calibrée à 95,4 % de probabilité, une fourchette de 652 à 768 après J.-C. La chronologie typologique des tombes à bâtière, elle, place leur apogée aux VIe et VIIe siècles, avec une persistance jusqu’au VIIIe. Les deux méthodes s’accordent, ce qui rend la datation solide.
Le rapport signale aussi, à l’époque paléochrétienne, une structure de combustion dont la fonction reste à préciser : « four à chaux lié à la construction d’une église initiale ? Habitat ou artisanat antérieur au lieu de culte ? ». La question est ouverte, et l’honnêteté commande de la laisser ouverte.
Une seconde tombe et le mur de l’ancienne église
La deuxième découverte importante est une tombe « en caisson », faite de pierres, de forme trapézoïdale ou naviforme, datée du Moyen Âge classique : 950 ± 30 ans avant le présent, soit 1024 à 1155 après J.-C. Elle est accolée à un mur orienté est-ouest, vestige de « l’ancienne église médiévale dont la date de construction reste à ce stade inconnue ».
Ce mur, plus modeste que l’église actuelle, a été démoli. L’hypothèse que l’Inrap juge la plus vraisemblable est que la petite église médiévale a été détruite vers la Renaissance, « trop exiguë ou mise à mal par le temps et l’instabilité du sol ». Le rapport évoque aussi, sans l’affirmer, la tectonique et de petits séismes locaux. Sous la nef, quatre sépultures d’époque moderne, des XVIIe et XVIIIe siècles, complètent le tableau : les registres paroissiaux du XVIIe siècle mentionnent en effet des inhumations de notables et de curés « dans et à l’extérieur de l’église ».
| Époque | Vestige | Datation |
|---|---|---|
| Antique | Tuile romaine (tegula) trouvée lors des sondages des habitants | Non datée avec précision |
| Haut Moyen Âge | Tombe à bâtière, collatéral nord | 652-768 après J.-C. (radiocarbone) |
| Moyen Âge classique | Tombe en caisson accolée à un mur est-ouest | 1024-1155 après J.-C. (radiocarbone) |
| Renaissance et après | Nouvel édifice sur piliers, sacristie et presbytère à l’est | Entre le XVIe et le XIXe siècle |
| Époque moderne | Quatre sépultures sous la nef | XVIIe-XVIIIe siècles |
Un suivi archéologique des élévations a suivi, d’octobre 2019 à juin 2020, avec des relevés photogrammétriques à l’intérieur et un drone à l’extérieur. Le rapport final de cette seconde opération n’était pas encore disponible lors de la rédaction du document communal, et nous ne prétendons donc rien de ses conclusions.
Un prieuré de Cluny à Montfroc : pourquoi les sources se contredisent
Au Moyen Âge, l’église de Montfroc n’est pas une simple paroisse. Le Dictionnaire topographique de la Drôme de Brun-Durand (1891) écrit qu’avant 1790 Montfroc formait une paroisse du diocèse de Sisteron, « dont l’église était celle d’un prieuré de bénédictins, filiation de Cluny, dépendant de celui de Lagrand (Hautes-Alpes) ». L’ouvrage cite aussi la forme « Saint-Gervais Montfroc » en 1705. Le lecteur retrouvera cette page dans le cadre plus large de l’histoire du château et de la seigneurie.

C’est là que les dates cessent de concorder, et il est plus honnête de le montrer que de trancher. La Sauvegarde de l’art français place l’appartenance à Cluny « à partir des années 1360 ». L’historien Jean-Pierre Joly, cité par l’Inrap, la voit explicitée en 1279. Le Parc évoque la fin du XIVe siècle à partir d’un acte de 1398. Le document communal, lui, parle d’un prieuré appartenant à l’ordre de Lagrand, rattaché à Cluny en 1279. Aucune de ces phrases n’est absurde ; elles décrivent des étapes ou des lectures différentes. Nous n’en retiendrons qu’une chose sûre : l’église a été le siège d’un prieuré clunisien, placé sous la dépendance directe de celui de Lagrand au XVe siècle, d’après les visites de l’ordre.
Le patron d’origine pose le même problème. La Sauvegarde de l’art français parle de saint Gervais. L’Inrap, d’après Joly, mentionne l’« ecclesia Saincti Stephani de Montefroco » en 1274 et un patronage de saint Étienne jusqu’en 1772. Le Parc cite un acte d’arrentement de 1398 qui évoque le « prieuré Saint-Étienne de Montfroc ». Saint Étienne ou saint Gervais, donc, selon les sources. L’origine du prieuré est elle aussi datée diversement, entre le XIe et le XIIIe siècle. Une chose est certaine : la tombe des XIe-XIIe siècles montre qu’un lieu de culte existait bien.
Au XVIe siècle, d’après le document communal, les moines quittent le site et l’évêque de Sisteron prend la paroisse sous sa juridiction. Commence alors la série des curés prieurs, dont certains sont ensevelis dans l’église. Après 1789, la paroisse est rattachée au diocèse de Valence.
Lire l’édifice : nef, voûtes et clocher
Que voit-on, une fois la porte franchie ? Une église de petites dimensions, environ 14 mètres de long sur 12 mètres de large en comptant les deux bas-côtés. Le plan comprend une nef à trois travées, deux collatéraux et, à l’est, une abside à chevet plat flanquée de deux chapelles absidiales également à chevet plat. Les collatéraux sont voûtés d’arêtes et s’ouvrent sur la nef par de grandes arcades en plein cintre. La nef est couverte d’un berceau brisé, largement remanié, tandis que le chœur reçoit un berceau plein cintre. Une petite sacristie voûtée en berceau s’accole au nord du chœur.
Chaque bas-côté a sa dédicace : le collatéral sud est consacré à la Vierge, le nord à saint Clair. Ces détails paraissent secs, mais ils permettent de lire l’église comme un texte : un plan à trois vaisseaux dans un village minuscule dit la volonté d’un XVIe ou d’un XVIIe siècle de reconstruire grand, sur les ruines d’une petite église trop exiguë.
Le chœur n’est peut-être pas du XIIIe siècle
Longtemps, le chœur passait pour l’élément le plus ancien. Or les fouilles n’y ont pas trouvé, dans les maçonneries, d’éléments évoquant un bâtiment plus modeste. La Sauvegarde de l’art français en tire la conclusion suivante : les fouilles de 2018 « mettent à mal l’hypothèse selon laquelle le chœur daterait du XIIIe siècle. Nous nous situons aux alentours du XVIe siècle au plus tôt ». L’Inrap dit à peu près la même chose : après la destruction de l’église médiévale, on édifie un bâtiment plus vaste, où les murs porteurs arasés sont remplacés par des piliers ; la sacristie et le presbytère sont greffés à l’est entre le XVIe et le XIXe siècle, et le chœur semble solidaire de cet état.
C’est pourquoi la formule « église romane » est trompeuse. L’édifice visible n’est pas roman ; il est l’héritier, sur le même emplacement, d’un lieu de culte médiéval dont la tombe des XIe-XIIe siècles atteste l’existence. Pour comparer avec l’art roman d’une autre région, le guide des églises romanes du Poitou offre un point de repère.
Un clocher construit en deux temps
Le clocher actuel, de plan barlong, est bâti entre 1868 et 1873 à l’angle sud-ouest de l’église, en bout du collatéral sud, qui ne comptait alors que deux travées. Il remplace un clocher plus ancien. Ses parties hautes sont ornées, sur chaque face, de petites baies géminées sous arcs brisés non moulurés, et sa couverture est faite de génoises du XIXe siècle.
Son histoire n’a pas été tranquille. Un plan géométrique de 1862 montre un nouveau clocher couronnant le chœur, en écart avec le devis initial. Cette implantation a déstabilisé le sol et provoqué la destruction de l’ouvrage. En 1873, le clocher est remonté « comme le prévoyait le devis initial ». Le clocher que l’on voit est donc un deuxième essai, meilleur que le premier.
Avant la restauration, le décor intérieur comprenait une fresque du chœur montrant deux anges, un sol et des enduits en faux appareil datés de 1901, ainsi qu’un vitrail occidental de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle représentant saint Clair. Une dalle de béton, héritée de la dernière campagne de restauration du début du XXe siècle, couvrait le sol.
1772 : un changement de saint, des cloches et une tuile de 1670
L’année 1772 est un tournant. L’église passe alors sous le patronage de saint Clair, patron des aveugles. Trois sources concordent sur le motif : la décision est prise par l’évêque de Sisteron et le curé pour plaire à l’épouse du seigneur de Montfroc, originaire de Saint-Clair-sur-Rhône. La Sauvegarde de l’art français est la seule à la nommer : Françoise de Lériger la Faye, épouse du comte de la Tour du Pin. Le document communal ajoute que saint Clair est aussi honoré comme patron des verriers, des lunetiers, des tailleurs de pierres et des boisseliers-tamisiers.
La même année, deux cloches sont fondues et bénies : l’une pour l’église Saint-Clair, l’autre pour la chapelle Notre-Dame-de-l’Assomption, dont nous parlons plus loin. Joly précise qu’à la même époque la commune fut rebaptisée un temps Saint-Gervais-Montfroc. Les archives donnent donc à voir, en 1772, une communauté qui hésite entre trois patrons.
Un objet plus discret raconte une autre date. En 1987, lors de travaux de toiture, on découvre une tuile faîtière gravée et datée de 1670. Elle atteste une réfection de couverture cette année-là. Les deux sources qui la mentionnent divergent sur ce que la tuile porte comme nom, maître maçon ou châtelain ; nous nous en tenons à la date. On rapprochera cette réfection des seigneurs qui se succèdent alors, tels que les décrit l’article sur la maison forte de la Tourette.
L’abandon : La Bégüe prend le relais
À partir d’une date que les sources ne précisent pas, l’église Saint-Clair est délaissée, sans avoir été désacralisée, en raison de sa dégradation. Elle reste fermée plus de cinquante ans. Le dernier curé, l’abbé Heurteloup, incarne cette fin de siècle : issu de l’aristocratie d’Empire et membre de la Société d’archéologie, il engage sa fortune pour embellir l’église, part comme infirmier en 1914 et en revient ruiné. Il avait aussi résisté à la loi de séparation de l’Église et de l’État, ce qui lui valut une condamnation en correctionnelle.
Le mobilier subit ensuite vols et vandalisme. Une grille de communion en fer forgé disparaît, ainsi qu’un ciboire et une patène en or, dons de l’impératrice Eugénie. Il n’en reste, écrit le document communal, qu’une photo faite en 2003. L’église avait pourtant reçu des legs des habitants et, dit la même source, des dons de l’impératrice Eugénie et du pape Léon XIII, dont l’auteur s’étonne au regard de la pauvreté de la population. Un buste en bois polychrome de saint Clair, daté du XVIIe siècle, inscrit à l’inventaire en 1984, est mis en sécurité dans la chapelle Notre-Dame-de-l’Assomption, puis restauré.
La chapelle Notre-Dame-de-l’Assomption, église de substitution
C’est à La Bégüe que la vie religieuse continue. La chapelle Notre-Dame-de-l’Assomption s’y trouve, avec le château de la Tourette et, en contrebas, le vieux moulin, d’après la fiche du tourisme drômois. Elle est « datée de la période moderne » par la Sauvegarde de l’art français, qui propose une hypothèse : sa présence à La Bégüe laisserait penser que, lors de l’abandon total du castrum, les habitants conservèrent le vocable de l’ancienne église Notre-Dame, associée au castrum de Villevieille, pour leur nouveau village.

Nous n’irons pas plus loin, et c’est un aveu. Les sources consultées ne donnent ni date de construction, ni description architecturale de la chapelle, et l’on n’y trouve aucune protection au titre des monuments historiques. Ce que nous savons est fonctionnel : au XVIIe siècle coexistent les églises Notre-Dame et Saint-Étienne, leurs cloches sont bénies ensemble en 1772, et la chapelle a pris le relais de l’église paroissiale pendant les décennies d’abandon. Pour un lecteur qui prépare une visite dans la vallée du Jabron, la chapelle fait le pendant discret de l’église haute.
2014-2022 : un village de cent habitants sauve son église
En octobre 2014, une association naît : Sauvegarde de Saint-Clair. Son objet est « la sauvegarde, la conservation et la promotion de l’élément du patrimoine montfrocois qu’est l’église Saint-Clair sise aux Asnières ». Elle s’inspire des villages voisins de la vallée, Châteauneuf-Miravail, Saint-Vincent, Noyers, Séderon et Lachau, qui ont maintenu leur patrimoine. Elle compte une soixantaine d’adhérents. En avril 2015, les habitants nettoient l’église, déblaient les alentours et posent une porte de bois pour empêcher les intrusions.
Vient ensuite l’étape la moins visible et la plus décisive : monter un dossier. Un cabinet d’architectes de Buis-les-Baronnies établit l’avant-projet. Le diagnostic et l’estimation, rendus en août 2017, précèdent les demandes de subventions, avec l’appui technique du Parc et de la Fondation du patrimoine. Cette dernière lance en décembre 2017 une collecte de mécénat populaire : 6 900 euros de dons pour un objectif de 18 000, versés par 46 donateurs.
Le chantier, de novembre 2019 à l’été 2021
Les travaux se déroulent en deux tranches. La première, le gros œuvre, va de novembre 2019 à juin 2021 et compte six lots : terrassement et drains, maçonnerie et enduits à la chaux, charpente-couverture, menuiserie, serrurerie, électricité-chauffage. La seconde, consacrée à la finition et à la mise en valeur, se déroule à partir de début 2021 : peinture, menuiserie-ébénisterie, autels, vitraux et peinture artistique. Les documents donnent « juin 2021 » et, dans une chronologie annexe, « juillet 2021 » pour la fin des travaux ; nous écrivons donc « à l’été 2021 ».
Le chantier a laissé des traces techniques précises. Tous les murs intérieurs et les voûtes ont été décroûtés, puis recouverts d’enduits à la chaux. La dalle de béton a été supprimée et remplacée par un sol en dalles de pierre. La toiture a été reprise, une rampe d’accès pour les personnes à mobilité réduite a été aménagée, et l’on a tenu 48 réunions de chantier. Les entreprises ont été choisies avec un critère de proximité : Les Omergues, Buis-les-Baronnies, Peipin, Bénivay-Ollon, Valence. Le Parc note en juin 2020 un chantier « en phase active depuis janvier 2020 », avec murs décroûtés, piliers dégagés et modélisation en trois dimensions de l’église, suspendu par le COVID-19 puis repris.
Sept vitraux, dont quatre « en vrac »
Sur les sept vitraux d’origine, trois subsistaient : le vitrail central de la façade ouest, celui de la façade sud et l’oculus. Ils ont été restaurés. Les quatre autres ont été recréés par le même atelier de Valence, en reprenant des éléments du vitrail central, « comme s’ils s’étaient trouvés cassés et dispersés sur le sol puis rassemblés en vrac ». Le choix est original : plutôt que d’imiter un vitrail complet, il assume la lacune et en fait un décor.
Le décor intérieur a été soumis à consultation. Deux projets étaient en concurrence, un jury de six personnes a délibéré, et plus de la moitié du village a participé au vote. Le projet retenu place au-dessus de chaque autel trois cercles, symbole répandu dans la Provence romane, conclut chaque nef par un cercle d’or, et rétablit les deux anges de la fresque de 1901 dans un tondo inspiré de l’Ascension du Christ de Giotto. Un lustre en fer forgé, commandé à un jeune ferronnier, a lui aussi fait l’objet d’une consultation sur maquettes.
Qui a payé ?
Le financement de la première tranche s’élève à 258 217,75 euros hors taxes. Le Département de la Drôme en couvre 70 %, la convention entre la Région Auvergne-Rhône-Alpes et la Fondation du patrimoine 7,5 %, la Sauvegarde de l’art français 6 %, l’association elle-même 8 % et la commune 4 %. La Société de sauvegarde des monuments anciens de la Drôme et la Fondation du Crédit Agricole apportent chacune 1 %, et le mécénat populaire 2,5 %. La seconde tranche coûte 63 036,08 euros hors taxes, et les fouilles archéologiques 15 859,24 euros. Le bilan du document communal chiffre à 92,5 % la part des organismes donateurs, la mairie finançant les 7,5 % restants.
Une précision utile : la communauté de communes a été sollicitée mais n’a pas donné suite. Il serait faux de lui attribuer la restauration ; elle publie seulement la fiche touristique et gère des sentiers. La Sauvegarde de l’art français, elle, a versé 15 000 euros en 2019 pour l’assainissement, la reprise des maçonneries et de la couverture.
Bénédiction, prix et vie actuelle
L’église restaurée est bénie le 14 août 2021, lors d’une messe servie par l’évêque de Valence devant une centaine de personnes. L’inauguration officielle est annoncée pour mai 2022 ; nous n’avons pas trouvé de compte rendu qui fixe le jour, aussi écrivons-nous seulement « en mai 2022 ». Cette même année 2022, l’opération reçoit le prix régional des Rubans du Patrimoine. Ce concours, lancé en 1994 sous le nom « Villes et Villages gagnants », distingue des communes et des intercommunalités qui ont rénové ou mis en valeur leur patrimoine bâti. Il est porté par la Fédération française du bâtiment avec plusieurs partenaires, dont l’Association des maires de France et la Fondation du patrimoine. Ni la Sauvegarde de l’art français ni le Parc n’en font partie, et c’est à la commune que revient la distinction.
En juin 2024, un nouveau prix suit : le prix Sésame de la Fondation du patrimoine, dans la catégorie « Créer du lien social au service du vivre ensemble », remis à Paris le 19 juin. Il est doté de 20 000 euros attribués à la commune, destinés aux abords : un jardin de curé côté ouest et un aménagement côté nord. Ce prix encourage la fréquentation des lieux de culte par des usages partagés entre activité cultuelle et activités culturelles ou sociales, et c’est bien le modèle de Saint-Clair.
L’église sert en effet de cérémonies cultuelles, de concerts, d’expositions et de conférences. Chaque manifestation culturelle réunit entre 60 et 100 personnes, avec un partenariat noué avec l’association Les Sentiers d’Ar’Lire. L’hiver, elle participe à la Ronde des crèches : exposition de crèches de décembre à janvier, dont une crèche « galiléenne » aux santons habillés d’environ 70 centimètres, avec ouverture certains samedis après-midi et visite guidée par des bénévoles. L’église est aussi ouverte lors des Journées du patrimoine, en visite libre ou guidée.
Préparer une visite
Une visite de Saint-Clair se prépare comme une petite excursion plus que comme une étape touristique classique. L’église est en hauteur, sur une route étroite, et la commune reste enclavée : on y arrive par les Alpes-de-Haute-Provence, ce qui est expliqué dans la page consacrée au village. Prévoyez de choisir un moment d’ouverture, c’est-à-dire les Journées du patrimoine ou la Ronde des crèches, plutôt que de compter sur une porte ouverte au hasard.
Pour situer l’église dans une journée, on peut l’associer à la chapelle de La Bégüe, au château de la Tourette qui se voit de la route, et, si le calendrier s’y prête, à la foire bio de Montfroc, qui attire chaque automne les visiteurs dans le village. Les Asnières sont à quelques minutes de marche de l’église. Le cimetière lui-même mérite un tour : on y lit, mieux que sur bien des panneaux, la modestie de ce village de montagne.
Pour les sources, trois documents suffisent à qui veut approfondir : le rapport de diagnostic de l’Inrap (octobre 2018), le livret communal Saint-Clair, histoire d’une renaissance 2014-2021, tous deux accessibles depuis la notice de la Carte du patrimoine de la Drôme, et la page que la Sauvegarde de l’art français consacre au projet. Nous les avons lus dans leur texte, non dans des résumés, et nous avons signalé chaque fois que les sources se contredisent.
Questions fréquentes
Non. La rédaction n'a trouvé aucune notice Mérimée pour Montfroc. Seul du mobilier, dont un buste en bois polychrome de saint Clair du XVIIe siècle, a été inscrit à l'inventaire des objets d'intérêt historique en 1984. L'église appartient à la commune.
L'édifice visible date pour l'essentiel des XVIe au XIXe siècles, avec un clocher bâti de 1868 à 1873. Mais le diagnostic de l'Inrap, en juillet 2018, a mis au jour une séquence d'occupation de plus de treize siècles, dont une tombe à bâtière datée par radiocarbone de 652 à 768 après J.-C.
Le patronage change en 1772. Selon la Sauvegarde de l'art français, l'évêque de Sisteron et le curé auraient choisi saint Clair pour plaire à l'épouse du seigneur de Montfroc, originaire de Saint-Clair-sur-Rhône. Auparavant, les sources parlent de saint Étienne ou de saint Gervais, et elles se contredisent.
Une association d'habitants, Sauvegarde de Saint-Clair, est créée en octobre 2014. Les travaux de gros œuvre courent de novembre 2019 à l'été 2021, avec le Département de la Drôme comme premier financeur, la Fondation du patrimoine, la Sauvegarde de l'art français et un mécénat populaire. L'église est bénie le 14 août 2021.
Elle est ouverte lors des Journées du patrimoine, en visite libre ou guidée, et lors de la Ronde des crèches en hiver, certains samedis après-midi. La rédaction n'a pas relevé d'horaires d'ouverture réguliers : mieux vaut se renseigner auprès de la commune avant de monter.
Sources consultées
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