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Montfroc et le Jabron

La maison forte de la Tourette à Montfroc, logis seigneurial

Une femme devant une maison forte rurale du XVIe siècle à tour carrée et petites fenêtres à meneaux, dans une cour avec un puits

Maison forte des XVe et XVIe siècles remaniée aux XVIIe et XVIIIe, la Tourette est un habitat seigneurial rural à La Bégüe. Un article de méthode : ce que les sources établissent, ce qu'elles ne disent pas, et trois maisons fortes drômoises en comparaison.

Maison forte : une demeure avant d’être une forteresse

La Tourette de Montfroc est désignée par les sources comme une maison forte des XVe et XVIe siècles, remaniée aux XVIIe et XVIIIe siècles. Pour la comprendre, il faut d’abord écarter une lecture trop militaire du mot : une maison forte est une demeure dotée d’éléments défensifs, non l’équivalent automatique d’un grand château à donjon. À Montfroc, les textes disponibles invitent donc à parler avec précision d’un habitat seigneurial rural, également décrit comme une ancienne ferme fortifiée ou un château-ferme, sans lui prêter des dispositions architecturales que les sources ne détaillent pas.

La définition du ministère de la Culture donne un cadre particulièrement utile. Une maison forte est, « au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime », une demeure munie d’éléments défensifs, dont le possesseur ne détient pas, en principe, les droits seigneuriaux autorisant l’élévation d’un château pourvu de défenses importantes, telles que tours ou donjon. Le thésaurus ministériel de la maison forte la range d’ailleurs dans l’architecture domestique, parmi les demeures, et non dans l’architecture militaire.

Cette place dans le vocabulaire patrimonial compte autant que l’image que le terme peut susciter. Une maison forte pouvait protéger un foyer, ses réserves, son activité et ses occupants, tout en affirmant une position sociale dans le paysage local. Elle se situe donc entre plusieurs catégories que les documents emploient parfois sans les opposer : maison forte, château, ferme fortifiée, château-ferme. Ces mots ne décrivent pas toujours une forme unique ; ils reflètent aussi les époques de rédaction, les usages successifs et les façons locales de nommer un même édifice.

Pour la Tourette, le mot « maison forte » ne permet pas d’attribuer avec certitude un rang précis à ses possesseurs. Il ne suffit pas non plus à rattacher le bâtiment à tel ou tel seigneur de la terre de Montfroc. Les sources établissent des successions féodales pour la seigneurie, mais elles ne donnent pas, bâtiment par bâtiment, le nom de l’occupant ou du commanditaire. Cette distinction est essentielle : l’histoire d’une terre et celle d’une demeure peuvent se croiser, sans pour autant se confondre.

Le vocabulaire local offre néanmoins un fil solide. La fiche de la communauté de communes Jabron Lure Vançon Durance inscrit la Tourette parmi les éléments « à voir » de Montfroc et la qualifie explicitement de maison forte des XVe et XVIe siècles, remaniée aux XVIIe et XVIIIe siècles. Cette formule fournit la chronologie la plus directe dont nous disposons pour l’édifice. Elle impose aussi une limite : en l’absence de description documentée du plan, des façades, des circulations ou des dépendances, il serait imprudent de reconstruire par l’imagination ce que les textes ne disent pas.

Ce que les sources locales disent de la Tourette

Trois formulations permettent de saisir la Tourette sans la transformer en monument imaginaire. La première est celle de la communauté de communes : une « maison forte des XVe et XVIe siècles, remaniée aux XVIIe et XVIIIe siècles ». La deuxième est donnée dans le document consacré à l’église Saint-Clair : à La Bégüe se trouvent « la Mairie, le château de la Tourette, ancienne ferme fortifiée, et la chapelle Notre-Dame de l’Assomption ». La troisième évoque un « château-ferme, dont une partie aménagée avec élégance au XVIIIe siècle ».

Ces expressions ne sont pas contradictoires. Elles mettent l’accent sur des aspects différents d’une même lecture : une demeure qui a connu une première phase aux XVe-XVIe siècles, des transformations plus tardives, et un rapport durable au monde rural. Le terme de château, ici, ne doit donc pas faire oublier celui de ferme fortifiée ; inversement, la fonction agricole ou domestique ne retire rien à l’importance de l’édifice dans l’organisation de La Bégüe.

La prudence reste nécessaire au sujet d’une autre phrase du document communal. Il y est question de maisons aux toits de tuiles, « dont l’une fortifiée, ancienne résidence des châtelains ». Le texte ne permet pas d’établir avec certitude que cette maison fortifiée est la Tourette. Il serait donc excessif de l’affirmer. Ce que l’on peut retenir, en revanche, est l’existence d’un vocabulaire local associant le hameau à des formes d’habitat ancien, à des ruelles tortueuses et à un château-ferme ayant connu un aménagement au XVIIIe siècle.

La documentation archéologique emploie une formule encore différente : elle parle du « château de la Tourette du milieu du XVIIIe s. remanié à partir d’une maison forte des XVe-XVIe s. ». Cette phrase éclaire le jeu des appellations. Le bâtiment est lu à la fois par son état plus récent, celui d’un château au XVIIIe siècle, et par une origine ou une structure antérieure de maison forte. Il ne s’agit pas de choisir arbitrairement un seul mot, mais de conserver les mots des sources et les temporalités qu’ils portent.

La fiche communale précise aussi que Montfroc est « niché en contrebas de la Tourette ». L’expression n’est pas une mesure topographique, mais elle indique le rôle de repère attribué au lieu dans la présentation du village. Pour replacer cet ensemble dans l’histoire plus large du territoire, notre article sur l’histoire du château de Montfroc distingue les sources relatives à la terre, au castrum ancien et aux édifices plus tardifs, qui ne doivent pas être fusionnés.

Une femme pose la main sur l'encadrement de pierre d'une fenêtre à meneaux d'un manoir fortifié
Illustration : une fenêtre à meneaux, l'un des éléments typiques d'un logis seigneurial de la Renaissance.

La Tourette ne peut donc être décrite avec précision qu’à partir de ce noyau documentaire : maison forte des XVe-XVIe siècles, remaniements aux XVIIe-XVIIIe siècles, ancienne ferme fortifiée et château-ferme. Cette retenue n’appauvrit pas sa lecture. Elle rend au contraire visible ce qui fait l’intérêt d’un tel lieu : sa longue durée, son insertion dans un hameau et les changements de vocabulaire qui accompagnent ses transformations.

La Bégüe, le hameau de la Tourette

La Tourette appartient au paysage de La Bégüe. Le document communal y place ensemble la mairie, le château de la Tourette et la chapelle Notre-Dame-de-l’Assomption. Le rapport de l’Inrap confirme que cette chapelle est située dans le bourg de La Bégüe, non loin du château de la Tourette. Cette proximité donne un cadre de lecture concret : le bâtiment ne se comprend pas isolément, mais dans un hameau où se concentrent des repères civils, religieux et anciens.

La fiche des hameaux publiée par Drôme Tourisme mentionne elle aussi « le château de la Tourette, et en contre-bas son vieux moulin ». Là encore, la source indique une relation de situation sans livrer de détail sur le moulin ni sur l’organisation de l’ensemble. Il faut s’en tenir à cette articulation sobre entre le château et le moulin, plutôt que de reconstituer des dépendances, des activités ou des circulations que les documents ne décrivent pas.

L’Inrap rappelle que Montfroc est la seule commune de la Drôme dans la vallée du Jabron, entre Les Omergues et Curel, dans les Alpes-de-Haute-Provence. André Lacroix comparait le territoire communal à un oiseau : le corps planerait sur la vallée du Jabron, tandis que les ailes s’étendraient sur deux versants de montagnes. À l’emplacement de ce « corps de l’oiseau », La Bégüe a accueilli la mairie et aurait détrôné Les Asnières, chef-lieu à l’époque décrite par Lacroix.

Cette géographie de hameaux aide à comprendre pourquoi les désignations doivent être maniées avec attention. Les sources citées distinguent La Bégüe, Les Asnières et Villevieille, ce dernier hameau étant associé à des ruines de castrum. Elles ne donnent pas un plan général permettant d’assimiler tous les lieux fortifiés de Montfroc. L’église Saint-Clair, située aux Asnières, relève de son propre parcours historique, que nous présentons dans notre article consacré à l’église Saint-Clair de Montfroc.

Le toponyme apporte aussi ses propres précautions. En 1891, le dictionnaire de Brun-Durand relève « Tourrettes », défini comme une ferme et un quartier de la commune de Montfroc. Dans un article distinct, il mentionne « Bégüe (La) », hameau avec château et chapelle. Il recense enfin une ferme dite « Le Château ». Ces entrées montrent la densité des noms de lieux, mais elles n’autorisent pas à identifier automatiquement Tourrettes, Le Château et le château de la Tourette. Les rapprocher sans autre preuve reviendrait à fabriquer une équivalence absente des sources.

La terre de Montfroc et la chronologie des seigneuries

L’histoire féodale de Montfroc est connue par une liste de détenteurs de la terre, transmise notamment par Brun-Durand et reprise par la communauté de communes. Cette liste est précieuse pour situer le cadre seigneurial dans lequel s’inscrivent les constructions et remaniements de la Tourette. Elle ne permet pas, toutefois, de désigner les propriétaires successifs du bâtiment lui-même : Brun-Durand ne nomme pas la Tourette dans son article consacré à Montfroc.

La terre est présentée comme patrimoniale aux barons de Mévouillon. La documentation fait apparaître une légère divergence de date concernant une dot : l’Inrap, citant un travail de Michèle Bois, situe en 1246 l’entrée des castra de Curello, Monte Froco et Gascheto dans la dot de Galburge de Mévouillon lors de son mariage avec Lambert Adhémar de Monteil ; Brun-Durand indique 1247. La formulation la plus fidèle consiste donc à retenir les années 1246-1247, sans prétendre effacer l’écart entre les deux sources.

Les Adhémar soumettent ensuite la terre au fief delphinal en 1337. Brun-Durand indique que, cent cinquante ans plus tard, ils dotent une de leurs filles, mariée chez les Clermont-Montoison. En 1540, ceux-ci vendent Montfroc aux Du Puy. Les Béranger les remplacent dès 1577, puis les Pontevés en 1667. Cinq ans après cette dernière date, la terre appartient aux la Tour-Gouvernet, qui en demeurent seigneurs jusqu’à la Révolution.

Date ou période Fait établi pour la terre de Montfroc Limite de lecture pour la Tourette
1246-1247 Les castra de Curello, Monte Froco et Gascheto figurent dans une dot liée aux Mévouillon et aux Adhémar. La source ne rattache pas la Tourette à cette dot.
1337 La terre est soumise au fief delphinal par les Adhémar. Il s’agit de la seigneurie, non d’une datation du bâtiment.
1540 Montfroc est vendu aux Du Puy. Aucun acte cité ne décrit la Tourette.
1577 Les Béranger remplacent les Du Puy. La liste concerne la terre.
1667 puis cinq ans après Les Pontevés, puis les la Tour-Gouvernet, sont mentionnés comme seigneurs. Le lien direct avec des travaux à la Tourette n’est pas documenté.

Cette succession explique le contexte seigneurial de Montfroc sur plusieurs siècles, mais elle ne doit pas devenir une liste de propriétaires supposés de la maison forte. Dire qu’une famille détenait la terre ne suffit pas à établir qu’elle a fait bâtir, occupé ou transformé la Tourette. La méthode consiste à tenir ensemble deux réalités : une chronologie féodale certaine pour la seigneurie, et une chronologie bâtie plus resserrée pour l’édifice, daté des XVe-XVIe siècles puis remanié aux XVIIe-XVIIIe siècles.

Le cadre est développé dans notre article sur les seigneurs de Montfroc, où les transmissions de la terre sont distinguées des affirmations non sourcées sur les bâtiments. Cette séparation évite un raccourci fréquent : faire de toute famille seigneuriale un propriétaire attesté d’une construction précise, alors que les documents disponibles ne l’établissent pas.

Un territoire dauphinois dans le diocèse de Sisteron

Montfroc se trouvait à la rencontre de plusieurs cadres de pouvoir. Avant 1790, la communauté relevait de l’élection de Montélimar, de la subdélégation et du bailliage du Buis, dans le diocèse de Sisteron. Cette double appartenance administrative et religieuse donne une profondeur particulière au territoire : la terre relève du cadre dauphinois, tandis que l’organisation ecclésiastique se rattache au diocèse de Sisteron.

Un détail daté le montre avec netteté. En 1701, l’évêque de Sisteron désigne un vicaire « à la cure de l’église paroissiale du lieu de Montfroc en Dauphiné ». La formule associe dans une même phrase le diocèse de Sisteron et la désignation de Montfroc « en Dauphiné ». Elle ne renseigne pas directement la Tourette, mais elle restitue le paysage institutionnel dans lequel se situent les remaniements attribués aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Le territoire était également traversé par les axes Vaison-Sisteron, par les vallées du Toulourenc et du Jabron, ainsi que par l’axe Lachau-Chastelard de Lardiers. Le rapport de l’Inrap rappelle que de nombreux castra et sites fortifiés ont été construits le long de ces voies de passage, sur des promontoires. Ils répondaient à des enjeux de contrôle et de défense, mais aussi à des questions politiques, religieuses, économiques et culturelles.

Ce contexte n’autorise pas à prêter à la Tourette une fonction précise sur ces axes. Il aide seulement à comprendre pourquoi la vallée compte plusieurs sites fortifiés, des mentions de castrum et des repères seigneuriaux. Une maison forte des XVe-XVIe siècles peut ainsi être lue dans un territoire où la présence fortifiée est plus ancienne, sans qu’il soit nécessaire de la confondre avec chaque château ou chaque relief mentionné par les archives.

Maison forte rurale du XVIe siècle avec une tour carrée, au milieu des champs et des murs de pierre sèche
Illustration d'une maison forte rurale : elle évoque le genre d'édifice, pas un cliché de la Tourette.

La distinction entre contexte et preuve est ici décisive. Les voies, les castra et les cadres administratifs décrivent l’environnement historique de Montfroc. Ils ne remplacent pas une analyse architecturale de la Tourette, analyse que les sources réunies ne permettent pas de mener dans le détail.

Trois maisons fortes de la Drôme provençale comme points de comparaison

Faute de description architecturale développée pour la Tourette, les notices de l’Inventaire consacrées à d’autres maisons fortes de la Drôme provençale offrent des comparaisons utiles. Elles ne servent pas à compléter artificiellement la Tourette par emprunt. Elles montrent plutôt la diversité des trajectoires que peut connaître ce type d’édifice : reconstructions, restaurations, remaniements, passage d’une fonction seigneuriale à d’autres usages et changements de vocabulaire.

À Montjoyer, au lieu-dit Serre Gros, la maison forte de la Calmette est donnée comme remontant peut-être à la fin du XIIe siècle. Le fief devient en 1484 l’apanage des de Ferre, nobles verriers qui l’ont probablement reconstruite. La notice décrit un plan en U autour d’une cour, des angles autrefois cantonnés de tours dont ne subsistent que les bases, et un corps de logis élevé en deux campagnes : une partie conserve des vestiges du XVIe siècle, l’autre appartient au début du XVIIe siècle. Le toponyme « Calmette » vient de « calma », entendu comme un lieu inculte et broussailleux ; la maison forte est dominée par le donjon de Montlucet.

À Rousset-les-Vignes, la maison forte dite le Château procède d’un autre parcours. Le castrum de Rosseuf est cité dès 1214. L’ensemble est flanqué de tours rondes au XIVe siècle, puis entièrement restauré à la Renaissance. Nommé « château des Marcels » en 1616, il est racheté à la Révolution par des habitants du village avant d’être divisé. La notice signale une tour de guet intégrée aux soubassements, quelques meurtrières, un système de défense à assommoir sur une porte du village et deux portes à bossages de la Renaissance. Ces éléments restent propres à Rousset-les-Vignes : ils ne doivent pas être transférés à Montfroc.

Le troisième exemple est Pontaujard, à Montbrison-sur-Lez. Son castrum, ou maison forte, est cité à la toute fin du XIIIe siècle. Son nom est associé à un pont du XIIIe siècle sur le Lez, à un carrefour de chemins et à un péage. Passé par plusieurs détenteurs, l’ensemble devient entre 1338 et 1345 un fief mouvant du Dauphiné, avant d’être en grande partie reconstruit après 1629. Il conserve l’abside d’une chapelle romane. La notice de l’Inventaire sur Pontaujard estime que l’édifice mériterait une protection au titre des Monuments historiques.

Ces comparaisons permettent quelques rapprochements éditoriaux, à condition de les annoncer comme tels. Montfroc et Pontaujard sont tous deux associés à une mouvance dauphinoise au XIVe siècle : 1337 pour la terre de Montfroc selon Brun-Durand, 1338-1345 pour Pontaujard. La Calmette, Rousset-les-Vignes et Pontaujard montrent aussi que les édifices fortifiés ruraux connaissent volontiers plusieurs campagnes de travaux et de réemploi. Mais aucun de ces traits ne constitue une preuve pour la Tourette. Pour un autre type de demeure provençale, la bastide, on peut consulter l’histoire des bastides provençales et leur architecture.

La leçon principale est donc méthodologique. Une maison forte n’est pas un modèle unique reproduit à l’identique dans chaque village. Chaque notice dépend de ses propres archives, de ses vestiges et de son histoire foncière. Pour Montfroc, il faut conserver ce que les sources donnent réellement : une demeure forte ancienne, des remaniements aux XVIIe-XVIIIe siècles et une inscription dans le paysage de La Bégüe.

Le castrum ancien et le sommet de la Tourette

La Tourette ne doit pas être confondue sans preuve avec le castrum médiéval de Montfroc. Celui-ci apparaît dans un acte du 29 décembre 1226, formulé comme « fait au château de Montfroc ». L’acte, issu du cartulaire des chartreux de Durbon, concerne la liberté du péage de Pierrevert accordée par R. de Mévouillon. Il établit l’existence d’un habitat fortifié à Montfroc au XIIIe siècle ; il ne localise pas précisément ce château et ne permet pas de l’identifier à la maison forte datée des XVe-XVIe siècles.

Une autre mention, datée de 1424, décrit le « castrum de Monte Froco » comme appartenant au seigneur de la Garde et situé « sur un mont assez haut ». Le même texte indique qu’il fait face, au sud-ouest, à un « beau château » des Hospitaliers aux Omergues. Cette description est importante pour l’histoire du peuplement fortifié de la vallée, mais elle ne règle pas la question de la localisation exacte du castrum.

Le rapport de l’Inrap avance avec prudence que le sommet de la Tourette pourrait correspondre à cette description de 1424. Il localise ce relief face à la colline de la Gardette, dominant, à près de 900 mètres, le chef-lieu, le château de la Tourette, la gorge du Jabron et le col de Lun. Le détail est particulièrement révélateur : « le sommet de la Tourette » désigne un relief, tandis que « le château de la Tourette » désigne un bâtiment. Les deux objets portent un nom voisin, mais ils ne doivent pas être confondus.

L’hypothèse reste une hypothèse d’auteur. L’Inrap précise que la localisation du castrum demeure floue et évoque aussi une autre proposition. Il serait donc erroné de présenter le sommet de la Tourette comme le site établi du château médiéval de 1226 ou de 1424. L’histoire n’a pas encore établi le lien entre le castrum ancien et la maison forte plus tardive : il peut s’agir de deux édifices distincts, ou d’états successifs d’un même site, mais les sources disponibles ne permettent pas de trancher.

Une lecture attentive du patrimoine de Montfroc

La Tourette mérite d’être regardée pour ce qu’elle est attestée être : une maison forte des XVe-XVIe siècles, remaniée aux XVIIe-XVIIIe siècles, située à La Bégüe et décrite localement tantôt comme ancienne ferme fortifiée, tantôt comme château-ferme. Cette base est déjà substantielle. Elle dessine une demeure inscrite dans la durée, au sein d’un village composé de plusieurs hameaux et dans une vallée marquée par des voies de passage, des castra et des appartenances institutionnelles croisées.

Ce qui manque aux sources est tout aussi important à reconnaître. Elles ne fournissent pas de description détaillée de la Tourette : ni plan attesté, ni liste de ses éléments défensifs, ni chronologie précise des campagnes de travaux, ni attribution certaine à une famille particulière. Elles ne permettent pas davantage de confondre le bâtiment avec le castrum médiéval de Montfroc, avec le sommet homonyme ou avec d’autres lieux-dits relevés dans les dictionnaires anciens.

Cette exigence de précision n’empêche pas la mise en relation. Les maisons fortes de la Calmette, de Rousset-les-Vignes et de Pontaujard montrent que les demeures fortifiées rurales changent souvent de forme et de statut au fil des siècles. La Tourette entre dans ce vaste horizon, mais selon une histoire documentaire qui lui est propre. Les dates des XVe-XVIe siècles et les remaniements des XVIIe-XVIIIe siècles en constituent aujourd’hui les repères les plus sûrs.

Pour situer ces éléments parmi les hameaux, les édifices religieux et les lieux anciens de la commune, vous pouvez prolonger cette lecture par notre page consacrée à Montfroc et à ses repères patrimoniaux. Le village ne se résume pas à un seul château ni à une seule époque : la Tourette y prend place comme un témoin précis, partiellement documenté, d’une longue histoire rurale et seigneuriale.

Questions fréquentes

D'après la définition du ministère de la Culture, c'est, au Moyen Âge et sous l'Ancien Régime, une demeure munie d'éléments défensifs, dont le possesseur ne détient pas en principe les droits seigneuriaux autorisant l'élévation d'un château à défenses importantes, tours ou donjon. Le thésaurus la range dans l'architecture domestique.

La communauté de communes Jabron Lure Vançon Durance la décrit comme une maison forte des XVe et XVIe siècles, remaniée aux XVIIe et XVIIIe siècles. Une autre formule la qualifie de château-ferme dont une partie a été aménagée avec élégance au XVIIIe siècle. Aucune source lue ne détaille son plan.

À La Bégüe, l'un des deux hameaux de Montfroc, avec la chapelle Notre-Dame-de-l'Assomption. La fiche du tourisme drômois mentionne aussi, en contrebas, un vieux moulin. Il ne faut pas confondre le château de la Tourette avec le sommet de la Tourette, qui désigne un relief.

Les sources ne le disent pas. Elles établissent la succession des seigneurs de la terre de Montfroc, des Mévouillon aux La Tour-Gouvernet, mais ne rattachent pas chaque famille au bâtiment. Dire qu'une famille détenait la terre ne prouve pas qu'elle a construit ou occupé la Tourette.

La rédaction n'a trouvé aucune notice Mérimée pour Montfroc : la Tourette n'est donc pas présentée comme monument historique. Les notices de l'Inventaire consultées concernent d'autres maisons fortes de la Drôme provençale, utilisées ici seulement comme points de comparaison.

Sources consultées